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| L'arrière-grand-mère Léonie passe peu la journée dans sa petite maison de trois pièces, une ancienne ferme avec une cour modeste, un cuvage et quelques dépendances. Les volets d'une des chambres donnent sur le jardin de mes grands-parents. En avril, le poirier en fleur tend vers la fenêtre ses bras noueux - bras de vieillard. L'air est lumineux, le temps doux, un peu laiteux ; atmosphère de sève qui monte... Par la porte ouverte on aperçoit de loin les passants qui s'en vont, ou c'est le bruit d'un char qui passe sur la route, terre, ornières et cailloux. Le mobilier tout simple garde le souvenir de la vie laborieuse des générations d'hier. Deux lits, des armoires, une table, un poêle, l'horloge. C'est l'époque de mes treize à quinze ans. Pendant les vacances, je couche dans une des chambres de la maison de l'arrièregrand-mère. Je m'enfouis dans un vieux lit campagnard large et assez haut avec un gros édredon de plume. Je ne sais pourquoi maintenant j'y pense : le lit est comme une barque qui m'aide à remonter le temps, rêves et douleurs. Elle chante à mon frère alors bébé des chansons d'autrefois " La Marie a fait son pain pas plus gros que son levain pilala ! ". " Mon papa est cordonnier ma môman tire la ficelle... ". L'horloge est coincée dans la cuisine entre le lit et l'armoire et marche sans s'arrêter pendant huit jours. Une fois dans la semaine, mère Léonie ne manque pas de dire : " Faudra que je pense à remonter mon r'loge ". |
| Jean-Claude CAGNION. |
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Mais où sont les arcandiers d'antan ?
Vous êtes Parisien, me dites-vous, et vous ne saisissez point le sens du mot... A vrai dire, je ne puis vous expliquer clairement ce qu'est un arcandier.
J'ai consulté plusieurs savants ouvrages, et les définitions du mot sont bien contradictoires. Les dictionnaires, ça ressemble à une poire qui a poussé dans une bouteille, ça n'est pas copie conforme de la réalité. Arcander, dans certaines provinces limitrophes de la Bourgogne, signifie travailler beaucoup pour aboutir à un bien maigre résultat. Mais un arcandier, chez nous, est un gars qui travaille mal ou peu, sabote le boulot pour finir ou l'oublie pour courir à ses fantaisies. Ce n'est pourtant ni un voyou ni un voleur - comme on l'a laissé parfois entendre à tort.
J'imagine volontiers un arcandier courant les chemins, sautant d'une besogne à un loisir sans trop s'appesantir. Je le vois certains soirs sortant du café la face congestionnée ; il est allé ramasser une poussière d'étoiles au fond de quelques verres ; mais l'alcool ne lui est point habituel : il se garde de trop boire pour ne point finir mal. Il se la coule douce en riant, et en s'efforçant de ne pas terminer sur la paille. Vieux garçon, il a évité le mariage, le concubinage et les discours moralisateurs des femmes. Il n'a point engendré d'enfants à qui l'on pourrait dire un jour votre père était un sacré arcandier !
Longtemps il a fait les beaux soirs des jours de battage et des repas de noces ; on racontait ses aventures et ses exploits en rigolant autour du dernier verre de gnaule. La vie était belle alors. Par les chemins de terre, le vent soulevait la poussière. Il soufflait un grand air de liberté ; on pouvait même faire toute une carrière d'arcandier sans mourir de faim. Avec de temps à autre des plaisirs de prince. La société ne vous rattrapait point avec ses formules et ses formulaires, déclarations préliminaires à toute existence. Super-man alors n'existait pas, ni la crise, ni les psychologues patentés !
Les villages, eux, existaient encore...Mais ou sont les arcandiers d'antan ?
Jean-Claude CAGNION.
LE MOULIN DE LA PRESLE
Le moulin de la Presle est un des rares moulins (malheureusement) en état de fonctionnement dans le Morvan. Les uns après les autres, ces mécanismes se sont tus, ils sont tombés en ruine, ont été irrémédiablement modifiés et transformés à ne plus avoir de moulin que le nom.
Celui de Planchez, le moulin de la Presle est tel que le début du siècle l'avait trouvé. Et ses meuniers, Albert et Monique MARTIN, l'entretiennent et le font visiter avec chaleur et passion.
L'Association « Moulins du Morvan » (6, rue du Rivage - 58000 Nevers) organise, avec M. et Mme MARTIN, une après-midi portes ouvertes, le dimanche 17 Juin à partir de 14 h 30 pour découvrir ce moulin.
On pourra le visiter avec le meilleur guide, le meunier en personne, y acheter de la farine de blé noir indispensable à tout bon crapiaud digne de cette appellation ; on pourra y faire connaissance avec le tout nouveau syndicat d'initiative de Planchez, dont un des objectifs est la promotion de ce moulin ; on pourra s'y procurer des livres sur le Morvan avec l'association « Nourrices du Morvan » ; le dernier numéro de « Vents du Morvan », un magazine consacré à notre région, qui présentera entre autres, un article sur le moulin de la Presle. Enfin, on y entendra parler de celle que le Morvan attendait depuis des siècles, « La Confrèrie des mangeurs de grapiauds », une initiative de Michel SALESSE.
Vous êtes attendus nombreux.
Association « Moulins du Morvan » .
Photo fournie par la famille Beauchef. Groupe costumé "La Bourrée Morvandelle"
Merci à Jean claude Cagnion qui nous a permi d'utiliser ses textes.
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| L'ECOLE SAINT SYMPHORIEN Par Jean Claude Cagnion. | |
Sur la route de l'école, il y avait un carrefour avec un café; au dessus de la porte luisait une étoile électrique ; le soir sur le sol pavé, l'étoile tombait en morceaux de lumière ... Face au café, une modeste épicerie ( peinture vineuse de la devanture, volets de bois) était tenue par une vieille femme et par un vieux Morvandiau à casquette; nous y entrions parfois pour nous munir de caramels à un franc, secs et à goût de cire, de poudre de coco ou de bâtons de réglisse durs comme des brindilles de bois gelées. La vieille rue descendue, nous franchissions, gamins à cartables et à pèlerine noire, le porche de l'école qui portait le nom peu commun d'un antique martyr supplicié à Autun vers ses quinze ans. Une vieille fille à perruque rousse frisée tenait la loge et derrière son carreau surveillait débonnaire, les allées et venues. A nos yeux d'enfants la pension semblait immense, avec son cloître, sa chapelle, son jardin, ses murs, ses cours et son pré, où s'en allait le ruisseau malodorant où se déversaient les déchets des tanneries ! Dans la chapelle résonnait parfois une étrange psalmodie en langue inconnue; c'était les litanies des saints: " sancté Bar-tolo-méé ... sancté la-co-bé ... ". Au mois de mai le mystère s'amplifiait; au fond de la chapelle, s'élevait un reposoir croûlant de fleurs et de parfums. Si loin nous emporte le Temps, si loin nous emmènent les souvenirs vers un monde qui n'existe plus. Quarante ans après, de tout cela, rien ne reste. A la place de la pension et du jardin s'élèvent les cités H.L.M . On a vendu la pension et ses jardins, on a construit des logements neufs après avoir rasé le vieil édifice et la chapelle. Il y a là du béton, il n'y a plus de senteurs. Nos souvenirs pèsent peu; il n'y a pas de cités pour les loger. A défaut, sur cette pauvre page, avec un peu d'encre noire, j'essaie de sauver quelques sensations échappées à la brume des années ; mais celles-ci comme les abeilles pillardes, nous volent nos derniers souvenirs dont subsistent seulement çà et là quelques fleurs parcheminées ... Je pense surtout au jardin en avril, tout plein de senteurs, tout blanc de fleurs des cerisiers. Les merles sifflent, et, derrière la blancheur, sur le bleu du ciel, dans le lointain se découpe la silhouette de la cathédrale, fine comme un dessin à l'encre de Chine. Lassé parfois d'écouter la même goutte d'eau qui tombe sans fin dans le lavabo en fer du préau ou lassé de la monotonie des jeux ( nous nous poursuivons en jouant à la balle au chasseur ou nous traçons à la main dans la poussière de la cour des serpents où se poursuivent les agates aux yeux de chat ), je me coule de temps en temps vers le jardin dont l'entrée est interdite aux élèves. J' y reste quelques minutes, ravi de cette fraude innocente, ne pensant à rien au milieu du silence et des parfums de printemps, puis, à pas de loup, je reviens vers la cour de récréation pleine de bruits et de rumeurs, attendant que sonne la cloche qui marque la reprise des travaux. et des cours . Hélas, tout cela maintenant est mort, et cela serre le cur. Les gens de l'H.L.M. ne savent pas qu'il y avait là autrefois un jardin vivant plein de fleurs et d'oiseaux ... Si loin nous emporte le Temps, si loin nous emmènent les souvenirs vers un monde qui n'existe plus, avec quelque part une étoile perdue dans les rêves d'un carrefour de brume ... Je vois encore quelques silhouettes de professeurs vêtus de noir, qui parcourent les cours et le cloître. Là-bas un galop d'élèves secoue l'escalier de bois et une voix forte crie : " En rangs ! En rangs ! ". Je revois la silhouette de l'humble Frère Marcel. C'était un petit homme brun aux yeux très noirs vêtu de la robe noire à rabat des Frères de Saint-Jean Baptiste de la Salle. Il était alors âgé d'une trentaine d'années. Il fit d'abord quelques difficultés pour m'admettre en 8ème, tant je lui paraissais jeune. Mais je devins vite son meilleur élève. Il m'aimait bien. J'avais un vieux livre de français dont le titre était " Bib et Bob à la découverte du style" ; dans le manuel d'histoire on pouvait lire un petit résumé de la guerre de 14 ; j'écrivis fièrement en marge à l'encre violette: " Mon grand-père l'a faite". Je remportais le Concours de narrations et de dessins de la ville lors de la " Semaine de la plus belle France ". Le thème en était: " Décrivez votre ville". Si la narration était bien de moi, on avait triché pour le dessin ( la flèche de la cathédrale à l'encre de Chine ) réalisé par un professeur de l'établissement. La rédaction permettant de donner libre cours à la fantaisie, on m'avait soufflé d'écrire: " Autun, ma ville natale ... ". Le ciel me pardonne cette infidélité dont mon jeune âge ne me faisait pas prendre conscience .. f En 7ème je perdis souvent ma place de premier au profit de deux concurrents qui s'appelaient Berthaud et Ballet. Que sont devenus ces deux-là ensuite ? Je ne les retrouvais point plus tard en 6ème comme d'autres de mes camarades : Helfer, Senneville, René Colin ou Charcosset et Cuzin ... Nous n'appelions pas nos instituteurs de " Saint Symphorien" " Monsieur", mais " cher Frère". C'était la formule. Un soir mes parents invitèrent Frère Marcel à dîner. Pour lui qui était tenu à la discipline de son ordre et à la rigueur du réfectoire, c'était une petite fête. Il se laissa aller à quelques confidences sur sa famille : il était le fils de paysans ; en Auvergne il, avait encore ses parents et des frères et surs au pays. De la pauvreté des frères il ne fit pas mystère: pour quelque achat " important" comme une paire de souliers, chacun d'eux devait aller trouver le Frère Supérieur. La robe de mon professeur _ était rapiécée ; il portait des bottines à boutons d'un ancien modèle. " Voilà les vrais communistes! ", dit mon père quand il fut parti. Je perdis un peu de vue Frère Marcel. Quelques années plus tard, alors que j'étais toujours à Autun, mais pensionnaire, celui-ci demanda de mes nouvelles à l'un de mes camarades rencontré par hasard dans la rue." Il réussira ", lui dit-il fièrement. Mais les Frères quittèrent Autun et l'école Saint-Symphorien; et je n'ai jamais su ce que devint l'humble frère Marcel. Si loin nous emporte le Temps, si loin nous emmènent les souvenirs vers un monde qui n'existe plus. |
| RUE DE FLEURY |
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Notre habitation à Autun fut pendant sept ans
la maison André, qui avait appartenu à un marchand
de bois de ce nom et à sa femme . |
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| Jean Claude CAGNION. |
| LE RETOUR DU VIEUX | Saisons, Hameaux. |
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L'été,
tous les ans, ramène quelques vacanciers, qui parfois
courent après leurs rêves, qui parfois courent les
bords de Loire et poussent jusqu'aux bords des bois. |
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| Jean Claude CAGNION. |